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Campus Saint-Jean : Derrière l’incident, un plus large débat ?

L’ambiance se fait lourde au Campus Saint-Jean ces derniers temps. Les propos et le départ de Bruno Mercier le 6 décembre ont jeté le trouble. Au-delà des petites phrases, cet incident serait-il révélateur de tensions plus profondes au sein de l’institution postsecondaire, voire de la communauté franco-albertaine ?

CSJ hiver

Retour sur les faits. Jeudi 29 novembre, Bruno Mercier choque l’auditoire du grand salon du pavillon Lacerte au cours d’un forum portant sur le renouvellement du mandat du doyen. « La diversité, c’est bien beau, mais il ne faut pas que ce soit au prix de la qualité », aurait-il déclaré en présence d’une cinquantaine de personnes.

D’après plusieurs sources, un professeur dans l’assistance se serait levé pour intervenir, jugeant les propos inacceptables, avant de quitter la salle. Puis, Bruno Mercier serait intervenu une deuxième fois pour dire qu’il considérait l’homogénéité culturelle comme l’un de ses critères d’embauche en tant que chef d’entreprise.

CSJ hiver 2À la suite de l’assemblée publique, plusieurs pétitions circulent pour demander le renvoi de Bruno Mercier. La première, signée le 3 décembre par le personnel administratif du Campus, s’alarme : « Nous aimerions exprimer nos inquiétudes, surtout en soutien à nos collègues et étudiants issus de l’immigration, qui ont été profondément insultés par les commentaires diviseurs et racistes de Monsieur Bruno Mercier. »

Pour les signataires, les propos tenus par Bruno Mercier « montrent clairement le type de communauté francophone qu’il défend, ce qui est complètement différent de la communauté francophone inclusive que nous connaissons et représentons au Campus Saint-Jean. » En conséquence, Bruno Mercier a pris la décision de démissionner de ses fonctions de membre du conseil philanthropique, du conseil consultatif communautaire et de l’association Alumni & Friends du Campus Saint-Jean.

Interrogé deux semaines après les faits par Le Franco, Bruno Mercier revient sur l’incident. « J’ai posé une question que j’avais écrite mot pour mot et que j’ai posée au doyen : quand est-ce que la diversité prévaut sur la qualité ? Cette question a été perçue comme raciste. C’est vrai que j’ai ajouté un commentaire qui n’a pas aidé en disant que j’ai de la misère à employer les gens de Saint-Jean dans le contexte culturel albertain. C’est mal sorti, ça sonne mal », reconnaît-il.

L’ancien président du conseil philanthropique se dit victime de la vindicte publique. « J’ai été jeté aux lions, il y a eu un tribunal contre moi, j’ai été jugé et trouvé coupable sans être présent. J’ai demandé des réunions et des rencontres pour essayer de calmer la situation et ça m’a été refusé », défend-il.

Bruno Mercier assure avoir voulu entamer un plus large débat : « Je voulais commencer une conversation sur la façon de réconcilier les nouveaux arrivants et ceux qui sont ici depuis longtemps. » Car pour le démissionnaire, un malaise pèse. « Les nouveaux arrivants ont souvent, j’ai l’impression, une certaine crainte et sont sur la défensive quand ils arrivent. Et en même temps, les gens qui sont ici depuis très longtemps peuvent avoir une peur des nouveaux arrivants et du changement. Il faut trouver un moyen de réconcilier les deux. »

DesorientationUne mutation de la société qui inquiète certains ?

L’intervention de Bruno Mercier lors du forum aurait été motivée par des inquiétudes portées à son attention. « En parlant à des gens à Saint-Jean, j’ai entendu que plusieurs ne se sentent plus chez eux à cause du changement. Les gens se sentent poussés dehors. Le changement est toujours difficile, et j’encourage le changement, mais je vois qu’il cause des problèmes. »

Pour lui, les différences culturelles ne sont pas anodines : « La façon de travailler dans un contexte canadien n’est pas apprise. Ça ne veut pas dire qu’il faut se convertir, mais il faut qu’il y ait une rencontre pour que tout le monde puisse en tirer avantage. »

Les changements qui opèrent au sein du Campus Saint-Jean au cours des dernières années semblent être au cœur du problème. « Avant, il y avait peut-être deux nouveaux arrivants, aujourd’hui c’est la moitié. Ça donne une richesse à Saint-Jean, mais il faut trouver une façon de réconcilier tout le monde pour qu’on puisse bien se comprendre, qu’on puisse faire en sorte que ceux qui sont déjà là se sentent chez eux et que ceux qui arrivent se sentent accueillis. »

Derrière les propos et le départ de Bruno Mercier se cacherait donc ce débat récurrent entre une communauté ouverte aux changements démographiques et culturels, et une communauté plus craintive. Un sujet sensible qu’il faut aborder avec des pincettes : « Il faut tellement faire attention à ce qu’on dit qu’on ne peut presque plus le dire. Les gens qui ont plus de misère à s’exprimer ne peuvent plus être entendus, car ils ont tellement peur de vivre ce que je suis en train de vivre. Ils ne sont pas racistes. Les choses changent et ils veulent juste comprendre comment ils peuvent faire partie du changement et être confortables. »

Bruno Mercier se dit surpris de l’ampleur des réactions. « J’ai touché un nerf très, très sensible. Je ne pensais pas que c’était aussi sensible et qu’il y aurait trois pétitions écrites aussitôt, une par l’administration, une par les enseignants, et une par les étudiants. La majorité d’entre eux n’étaient pas présents dans la salle, ils ont tous signé ça sur des ouï-dire. Une dizaine de personnes m’ont appelé pour me dire que j’avais complètement raison, mais ils ont peur des répercussions. Certaines personnes ne peuvent pas faire partie de la conversation, car les mots doivent être choisis avec tellement de précaution », exprime-t-il.

CSJ hiver 3Deux visions qui s’affrontent ?

Si le doyen Pierre-Yves Mocquais reconnaît que le Campus Saint-Jean a fortement changé ces dernières années, pouvant susciter des inquiétudes, voire des mécontentements, le responsable se veut inclusif et rassembleur. « Certaines personnes ne comprennent pas l’évolution de la société canadienne. Il y a une transformation, analyse-t-il. Il n’y a pas si longtemps, vers la fin des années 1970 et encore au début des années 1980, l’institution était essentiellement blanche et la diversité ethnique n’était pas grande. La population était en grande majorité francophone, alors qu’aujourd’hui la majorité des étudiants sont issus de l’immersion avec une forte composante d’étudiants internationaux et issus de l’immigration. Certaines personnes n’apprécient peut-être pas ces changements. Le changement entraîne toujours des résistances. »

Bruno Mercier se serait-il donc fait le porte-voix de ces inquiétudes ? « Je pense qu’il y a deux visions et qu’il faut un mariage de ces deux visions. Mais des gens sont tellement ancrés dans leur vision qu’ils ne veulent même pas entendre le reste. Le changement rend certaines personnes très inconfortables au Campus Saint-Jean. Les gens se sentent tous menacés d’une manière ou d’une autre, qu’on soit nouvel arrivant ou ici de longue date », avance l’ancien président du conseil philanthropique.

Le démissionnaire voit même plus large et considère le Campus comme un reflet de la société canadienne. Il établit un lien entre l’incident au Campus et les problèmes vécus dans la communauté, notamment les difficultés rencontrées au Centre d’accueil et d’établissement, ainsi que le changement de nom proposé de l’ACFA [passer de l’Association canadienne-française de l’Alberta à l’Association de la communauté francophone de l’Alberta pour être plus inclusif des nouvelles populations].

« Certaines personnes ne se voient plus représentées dans la communauté. Il y a des tensions. Le Campus est une très belle réflexion de la société en général. Saint-Jean est exactement ce que le Canada devrait être, une société où tout le monde est capable de monter à son meilleur niveau. Mais il y a du travail à faire. L’université est un bon endroit pour avoir la conversation. Je comprends que les gens se sentent menacés par mes commentaires, mais de l’autre côté, d’autres se sentent menacés que les nouveaux arrivants prennent leur place dans la société en général. »

Pierre-Yves Mocquais, lui, se veut rassurant : « Au Campus Saint-Jean, la diversité est considérée comme une richesse, un fait, une réalité. La réaction d’indignation qui a suivi le montre. Notre devise ‘Unité, diversité, université’ est partagée par une majorité écrasante du Campus. Qu’il y ait des gens qui se sentent mal à l’aise, ça fait partie de l’évolution des choses. »

Changements

La valeur de la diversité pointée du doigt

Bruno Mercier explique avoir démissionné pour calmer les esprits. Une décision jugée sage par le doyen qui a condamné ses propos dans une lettre diffusée auprès des étudiants et des professeurs le 3 décembre : « En prétendant soulever des questions relatives à la qualité et à la compétence en relation avec les questions de diversité, de telles déclarations ravivent les spectres de la discrimination et du racisme, de ces cancers insidieux qui rongent une communauté ou un système de l’intérieur et peuvent le mener à sa perte. De telles déclarations ne peuvent en aucun cas être justifiées ou ignorées. »

Certes, le doyen n’était pas présent lors de la conférence du 29 novembre, mais il assure que des déclarations similaires ont été réitérées en sa présence. « Je tiens à affirmer ici et à rappeler à toutes et à tous que ce qui fait l’une des grandes richesses du campus Saint-Jean, c’est précisément sa diversité », a-t-il tenu à souligner.

De son côté, Bruno Mercier s’interroge toujours sur la relation entre diversité et qualité : « Dans beaucoup de secteurs, on parle de diversité. Je suis complètement d’accord, mais à quel point la diversité l’emporte sur la qualité ? Je ne fais pas de jugement, je pose simplement la question. »

Le doyen voit là une fausse interrogation. « Nous avons des professeurs de tout premier ordre, la qualité de la recherche s’est améliorée au cours des quatre dernières années, largement parce que nous avons eu un renouvellement du corps professoral. »

Le débat se ferme-t-il avec le départ de Bruno Mercier ? « J’aimerais que les gens fassent partie de la conversation, qu’ils continuent de supporter Saint-Jean parce que c’est une vraie perle au milieu de l’Université de l’Alberta, j’espère que Saint-Jean sera un lieu où des conversations difficiles puissent avoir lieu », déclare le démissionnaire.

Contrairement à ce que d’autres sources ont pu affirmer, aucune enquête n’est en cours au Campus Saint-Jean. Selon le doyen, aucun mouvement ne s’est manifesté depuis le départ de Bruno Mercier. Les esprits échauffés sembleraient donc s’être calmés avant les fêtes. Est-ce l’effet de la trêve de Noël, ou le débat est-il définitivement clos ?


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